Mouss: The Blog That Goes Like This

un blog écrit en toute simplicité sur les malheurs et bonheurs d'une pauvre petite fille riche

14 avril 2008

Mayo-lit

Lundi dernier en me levant pour me rendre à mon contrôle de marchandage de chiffon je lève mes volets et pose le regard sur ces points blancs dans le bac de fleurs qui se trouve derrière la vitre. Et ce n'est pas de la neige.

    La veille une scène des plus saugrenue est arrivée chez moi, ç'aurait pu sortir d'un film indépendant (je ne sais pas exactement ce que c'est mais j'adore cette idée). Au traditionnel déjeuner dominical alors que je me demande dans quel lit je ferai ma sieste après le kougelhof mon père me regarde et me lance un "c'était son anniversaire hier
- Je sais, rétorque-je en baissant le regard, je croyais sincèrement qu'ils avaient oublié, quelque part je l'espérais.
- On va faire une petite cérémonie?
- Euh…Ok."

    Nous voici donc dix minutes plus tard tous les trois sur un coin de la terrasse attifés d'une grosse boîte en carton posée sur la table. Mon père en déballe minutieusement le contenu, je le regarde emmitouflée dans ma grosse écharpe, habillée comme une célibataire endurcie et coiffée avec un écumoire, je suis aussi immobile, que le rhododendron à moitié crevé à côté de moi. Ma mère, elle, armée d'un sécateur coupe nerveusement des branches au hasard. Une fois la boîte ouverte et le sac plastique déscotché mon père me tend un papier qui fait office de "certificat". C'est incroyable tant c'est débile d'avoir besoin de paperasse de confirmation pour ce genre de choses. Je m'éclipse un moment le temps de le "ranger" (comprendre "d'aller l'enfouir dans un coin de ma chambre") le temps d'y jeter un coup d'œil. Tiens, ça a été fait à Etampes, même dans un moment comme ça j'arrive à penser à Vincent, c'est fou. Une fois de retour sur la terrasse je découvre une urne en faïence bleue et blanche, peinte à la manière des carreaux de Delft qui trône sur la table. Son couvercle est scotché à quatre endroits, décidément, ce n'est qu'un éternel prolongement de la laisse, moi qui pensais qu'elle serait enfin libre…En quatre coups de cutter l'affaire est réglée. Enfin presque puisque le couvercle est scellé par de la colle forte. Je réprime un gloussement derrière mon écharpe et j'imagine que ces urnes sont en fait fabriquées pour être montrée sur un rebord de cheminée dans le salon afin d'avoir un sujet de conversation dans les apéros mondains qu'on organise. S'en suit un passage que je vous présenterait bien en accéléré avec une musique à la Benny Hill derrière: sur un plan on voit papa qui use de ses biceps pour ouvrir l'urne, sur le suivant il la racle contre le bord de la table, ensuite il tente de gratter la colle avec ses ongles puis avec un couteau: bingo, le couvercle cède enfin. Son contenu est dans un sac en plastique que j'ouvre avec le dit couteau et je prends le récipient sous le bras. Maman coupe toujours des branches à gauche à droite tandis que nous nous dirigeons vers le pommier dans lequel je verse une certaine quantité de cette épaisse poussière blanchâtre. Mère se demande à haute voix dans quels coins elle préférait être, que ce serait bien de les privilégier. C'est vrai que depuis son départ les plantes sont presque toutes mortes ou en sale état, une bête qui broute les saloperies ça fait un bien fou finalement. Je repends de l'ailloli un peu partout mais il en reste encore énormément. Nous refermons le sac et décidons que la suite se fera en Suisse, très bientôt.

Je me demande toujours à quoi servent ces cérémonies de deuil surtout un an après. A oublier? Mais si on n'a pas envie d'oublier? A pleurer un bon coup avant de passer à autre chose? Peu m'importent les larmes et la mélancolie qui soit dit en passant se veut de plus en plus douce, je suis toujours heureuse de recevoir ses visites en rêves. Un an après je suis toujours déçue lorsque j'ouvre la porte d'entrée, quand je mange ou quand il y a de l'orage…Je n'ai pas besoin de regarder les géraniums gelés pour penser à ma Jolly.


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Posté par Muchette à 01:49 - 100% Pur Mouss - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Ce genre de cérémonies ? A passer un moment marrant en pensant au disparu, non ?
Ca sert aussi à se saouler, mais apparemment il n'y avait pas d'alcool (dommage).
Beau chien en tout cas, avec ses yeux à la Chat Potté. Bonne continuation à ses cendres.

Posté par SaRamone, 14 avril 2008 à 08:25

Toi au moins tu a ses cendres. Moi, quand mon Mephisto (un adorable chat noir, que j'avais adopté) est partit je n'ai malheureusement pas pû les récupperer. Le veto m'avait promit qu'ils le mettrait dans un bel endroit (Soit dit en passant, je crois bien qu'il avait autant de chagrin que moi, ce monsieur) J'aurais bien voulue les avoir, même si je vis en appartement, je lui aurrais trouvé un chouette coin ou reposer. C'est vrai aussi que ça facilite le travail de deuil, parce que du coup ça m'a prit beaucoup de temps pour tourner la page.

Ton chien était trés beau en tout cas.

Posté par Kaam Elott, 16 avril 2008 à 16:58

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