Mouss: The Blog That Goes Like This

un blog écrit en toute simplicité sur les malheurs et bonheurs d'une pauvre petite fille riche

07 novembre 2009

Dormi Tori

A part pendant de plutôt  courtes périodes, je n’ai jamais eu l’occasion de vraiment vivre seule, mais la perspective de passer cette année en résidence universitaire m’a autant intriguée qu’attirée. Ma sœur m’avait fait part de ses regrets d’avoir manqué une telle expérience estudiantine,  sans que je ne comprenne réellement pourquoi.

Le lendemain de mon arrivée à Kobe, mes parents et moi sommes allés voir le lieu où je passerai l’année à venir.

Les japonais ont de bien drôles de manières. On m’a certes accueilli avec un grand sourire, mais en me tendant une liasse de papiers en anglais qui listent les interdictions de l’endroit. Je sais que je prends des risques en citant un film aussi culturellement profond que « Freaky Friday » mais il est très le qualificatif « d’anti-fun » correspond bien à la résidence de Port Island. La définition en est simple « tu prends tout ce qui est fun et tu l’interdis ». (désolée). Outre l’interdiction d’avoir un animal, de fumer dans ma chambre (à la bonne heure), de laisser la lumière allumée dans les parties communes quand je n’y suis pas, de pousser le bouton « urgence » par accident (oui, mais si c’est un accident…), je n’ai entre autres pas le droit de perdre ou de faire un double de ma clef,  pas le droit de jeter mes poubelles à un autre moment que le mardi ou vendredi entre cinq et huit heures du matin, de boire de l’alcool après 21h ou encore de faire entrer dans les étages des personnes qui ne sont pas de la résidence, les caméras de surveillance faisant leur travail à plusieurs endroit stratégiques.  La liste est bien plus longue mais je vous en épargnerai les détails.

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Cette dernière règle fut la première à me poser un sérieux problème, surtout quand je dis au concierge « Je vais voir à quoi ressemble ma chambre avec mes parents puis on s’en va ». Un japonais ne sait pas vraiment dire non s’il n’est pas policier, c’est ainsi que j’eus droit à une moue qui déforma le visage de mon interlocuteur en un grincement de dent. « Mais c’est interdit aux étrangers.
-    Oui, enfin ce sont mes parents.
-    Mais vos parents n’habitent pas là.
-    Ils ont fait le voyage pour ça (tu parles), vous n’allez pas les priver de ce plaisir (bis).
-    Bien, mais vous repartez vite alors. »

Je sais que je devrais, mais je n’ai absolument pas l’impression que l’on vient de me faire une faveur.

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Nous entrons alors dans un ascenseur qui doit bien dater du jurassique (au moins 1981) et qui n’a pas été rénové une seule fois depuis. Après avoir appuyé sur le bouton portant le chiffre « 5 », l’engin nous porte lourdement puis finit par s’arrêter dans un bruit de petite sonnette qui dénote avec l’ambiance général de l’endroit. J’ai soudain regretté d’avoir fait ce voyage avec mes parents avant mon installation, d’avoir été dans de grands hôtels avec de grandes chambres et de vraies lumières. Après mes vacances en Thaïlande j’aurais sans doute mieux digéré la chose. Mais pas là. Là, le couloir m’est apparu comme celui d’une prison avec des cellules sur chaque paroi et le nom des détenus sur les portes. Au moins le niveau est meilleur qu’en France, nous n’avons qu’une taularde par cellule.

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J’ouvre la porte avec anxiété, je n’ai pas envie de retrouver le cagibi sans fenêtre que j’avais laissé à Tokyo l’année dernière… Mais non, en fin de compte c’est une chambre tout à fait normale, voire relativement spacieuse, au mobilier très nippon que je trouve devant moi. Tout va bien, je peux vivre ici.

Les jours passent, Ikea m’aide à aménager mon espace vital, mon sens du rangement rend l’endroit très… Semblable à ma chambre française.

La vie en résidence (bien que tout endroit où on réside soit une résidence, je parle de ces endroits où on partage douche, toilettes, cuisine et machine à laver) en revanche change toute la manière de vivre. Mes voisines ne sont pas de simples voisines de pallier puisque nous cuisinons et mangeons ensemble (il arrive même que nous fassions pipi à côté sans nous voir, c’est dire la promiscuité). Mais nous ne sommes pas vraiment des colocataires non plus, puisque nous ne jouissons pas, à part la table de la cuisine, à proprement parler de salle commune.


Je vois la résidence par deux biais que m’envierait la Guerre Froide.

Cette résidence est un sovkhoze. Détrompez-vous, de ma bouche ce mot ne veut pas dire que je me sens comme une travailleuse malheureuse au possible, je vois cela dans le bon sens, dans ce que le communisme a pu apporter de bon dans ce bas monde et que le capitalisme forcené nous a totalement fait oublier : le partage. J’ai mon lopin de terre (ma chambre) et le reste est en commun. Vivre ensemble force à penser à autre chose qu’à sa propre pomme, force à laisser les autres utiliser vos affaires s’ils le veulent, et en échange vous pourrez utiliser ce liquide vaisselle qui traine sur le coin de l’évier. L’entraide est quelque chose que j’ai connu dans ma famille nombreuse pendant longtemps mais pour ainsi dire jamais entre voisins. En étant malade des voisines m’ont amené des médocs, mouchoirs, m’ont proposé de faire des courses ou à manger, le genre de chose qui ne me serait jamais arrivé dans un immeuble parisien… Surtout que dans ce cas précis nous partageons plus qu’un simple bout de pallier : nous payons l’électricité, l’eau et le gaz en commun par étage. Il n’y a pas de traitement de faveur, pas de chambre plus grande que l’autre ou de loyer moins cher, toutes les filles des chambres D sont logées à la même enseigne.
Oui, la résidence internationale de Port Island est une expression miniature du communisme avec ses règles trop strictes et sans aucun sens et sa mise en commun du reste.

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Mais la résidence est aussi une vraie colonie de vacances. Chose que je détestais dans mon enfance, sans doute parce que je n’aimais pas tant que ça les autres enfants, me ravie aujourd’hui. Ce soir nous sortons : soit, tout le monde se regroupe en bas, costumés pour Halloween, pomponné le samedi soir, fatigués le matin, et nous marchons en groupe vers le lieux de nos futurs activités. Des petits groupes d’amis se façonnent (souvent par nationalité), quelques couples se forment, des tas de rumeurs circulent, il y a les filles qui font leur commandantes et ceux qui sont trop mous, ceux qui ne parlent à personne et ceux qui vont toquer à chaque porte juste pour savoir comment ça va.


Beaucoup commencent déjà à partir, j’y ai pensé aussi, prendre un appartement dans un endroit moins isolée que peut l’être l’île en face de la ville, avoir ma propre douche, ne pas avoir la sonnerie de l’école primaire dans les oreilles tous les matins, mais outre le fait que je sois assez communiste et enfantine pour aimer cet endroit, le loyer coûte 50€ par mois. Donc on verra plus tard, hein.

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12 octobre 2009

Nouveau départ

Il y a bien un moment où on quitte le nid.

La semaine dernière, j’ai décidé de prendre appui sur le bord du nid familial et de me lancer dans le vide. Un vide profond de 10 000km : je suis partie au Japon. Un problème reste à résoudre : ai-je pris mes ailes avec moi ?

On parle régulièrement de « couper le cordon » avec ses parents. Cette expression imagée rappelant sans équivoque le cordon ombilical m’a toujours répugnée. J’imaginais un bébé hurlant, sale, visqueux, un grand fil pendant de son ventre qu’un papa, les yeux aux larmes de bonheur face à tant de beauté rompt à l’aide de petits ciseaux de chirurgie.

J’avais tort.

Le cordon de cette expression se trouve être un lien qui persiste bien après la naissance et samedi dernier, je l’ai vu se rompre sous mes yeux. Le fait d’être très proche de mes parents est une chance mais rend fatalement le processus plus douloureux. C’est peut-être pour cela que j’ai voulu partir si loin, pour arracher le pansement d’un coup.

Mes géniteurs ont eu la gentillesse ou l’inquiétude de m’accompagner au Japon afin de m’aider à m’installer (après un magnifique voyage dans le pays soit dit en passant), mais aussi afin de ne pas quitter absolument tous les proches d’un coup, que les choses se fassent en douceur. Aussi douce puisse-t-elle être, la coupure se devait tout de même d’avoir lieu.

Ce samedi, mes parents partaient donc par l’avion de 11h59 à l’aéroport de Osaka. Très rapidement, ma mère m’a fait comprendre qu’une séparation devant la douane serait trop déchirante pour nous. Elle n’avait sans doute pas tort, d’autant que je redoutais la solitude du chemin du retour dans un train rempli de petits jaunes.

Nous décidions donc d’un commun d’accord de nous séparer à l’hôtel où je resterai dans la chambre après leur départ. Avant qu’aucun n’ai réellement eu le temps de penser à une phrase poignante d’au revoir, mes parents se sont retrouvés assis à l’arrière d’un taxi, me fixant. Elle, avec ses habituelles lunettes noires vissées sur le nez qui avaient trouvé un nouvel usage, grimaçait et lui fronçait les sourcils, de la même manière que moi lorsque j’essaie d’empêcher les larmes de sortir.

Jusqu’à ce moment-là, je n’avais pas pleinement réalisé que je partais pour un an, que je ne les verrais pas avant un bon moment. A ce moment-là, nous réalisions tous les trois que nous étions jusqu’alors persuadés que je n’étais encore qu’un œuf, et qu’un œuf ne sait pas voler. Les larmes ont chauffé mes joues tandis que je parcourais le hall de l’hôtel pour remonter dans la chambre vide, pas pour y dormir, mais pour y trouver de la compagnie. Je me retrouvais complètement seule : pas un visage connu, pas une voix familière pour me rassurer autour de moi, il fallait que je parle au téléphone, même si en temps normal je ne suis pas une folle du combiné. Et par dessus tout, je déteste pleurer au téléphone. Mais quand il m’appela, les larmes venaient plus facilement que les mots.

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Mon nouveau téléphone japonais sonna midi : il était temps de partir. J’empaquetais mes affaires et rendais ma clef mais n’arrivais pas à me résoudre à retourner tout de suite dans la chambre que m’a attribuée la faculté de Kobe. Je fis un tour en ville mais la fatigue m’ordonna de rentrer m’installer.

J’ai pourtant déjà été seule au Japon. Mais ce n’était que pour deux mois, mon statut était celui d’une touriste et j’avais un billet retour.


L’année dernière j’ai tenu un blog pendant bien peu de temps. Le fait d’écrire mes péripéties jour après jour se trouvait être une dose de travail trop grande, et j’aurais fini par écrire qu’aujourd’hui, j’ai passé ma journée à écrire la journée d’hier… Si je n’ai pas tenu sur deux mois, je ne tiendrais pas de cette manière pour deux ans, c’est pourquoi je décide de prendre des moments, des anecdotes, des incompréhensions comme sujets plutôt qu’un récit.

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30 juillet 2009

Un jour, je suis née

    Non, je ne vais pas parler du jour où je suis sortie sale et en pleurs du bas-ventre de ma chère mère. Mais d’une autre naissance. Le bébé ne sait que baver, pleurer, morver, manger dormir et déféquer. S’il s’amuse il n’a pas vraiment conscience, il ne sait pas ce qu’est la vie. Et il n'en prendra pas forcément conscience au même âge que ses autres compères bébés qui entre temps auront eu le loisir de devenir enfants.

    Ma vie fut une espèce de rêve tout doux en forme de nuage jusqu’à mes sept ans. C’était beau et innocent.

    Depuis je vis.

    Et c’est en prenant conscience de la mort que j’ai commencé à vivre. Loin d’être paradoxal, le fait de se savoir mortel permet en soi d’être vivant et de profiter de ce statut de vivant.

    Cette soirée reste gravée dans mon esprit. Ça n’est pas un mauvais souvenir, pas quelque chose de traumatisant mais un souvenir qui reste très clair et le restera un bon moment.

    J’étais donc en cours préparatoire, et ce soir-là mes parents étaient sortis, mon frère et ma sœur me gardaient. J’adorais ce genre de soirée sans autorité, d’autant qu’ils ramenaient souvent leurs amis, que je trouvais très coules. Mais pas ce soir. Ce soir la porte a sonné mais ce n’était pas les amis de mon frère qui se tenaient derrière la porte. Ma sœur a ouvert la grande porte blindée de l’entrée pour dévoiler un monsieur en imper beige, il ne lui manquait qu’un chapeau pour avoir l’air de sortir d’un film. L’officier de police a décliné son identité et sorti une photo de sa poche. Ma sœur eu le réflexe sain et naturel de m’éloigner de cette porte avec l’agressivité d’une maman louve qui empêche son louveteau de retourner dans la grotte. Ou le terrier. Enfin là où les loups habitent, quoi. Mais je suis revenue à la charge, cette photo m’attirait comme un aimant. Elle représentait une jeune fille que je ne connaissais pas.

    Je n’ai pas eu l’occasion d’en savoir plus jusqu’à ce que ma mère m’explique la chose plus en détail. Cette fille s’appelait Elsa et le policier était là pour savoir si nous l’avions déjà vue. Parce qu’Elsa avait été retrouvée morte dans notre parking le matin même. Par quinze coups de couteaux. Personne ne savait à ce
moment qui avait fait ça, le seul témoin disait avoir croisé une voiture blanche. C’est tout.

    C’est tout mais c’est déjà pas mal quand on est une petite fille qui voit la vie comme un bonbon à la fraise.

    Pour la première fois la mort était imprégnée d’un endroit que je fréquentais souvent, un endroit dans lequel je vivais. Et de la pire des morts, la mort haineuse sans raison, la mort d’un tueur fou qui peut revenir. Le voisinage était partagé entre tristesse et terreur. Ma sœur n’avait plus le droit de sortir seule ni de prendre le métro après la tombée de la nuit et je n’ai plus pu me déplacer librement dans l’immeuble.

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    On m’a interdit d’aller à l’enterrement, parce qu’un enterrement n’est pas un événement pour les petites filles. Pourtant, je me souviens que petite les sorties au cimetière me ravissaient. Je passais mes vacances chez ma grand-mère qui avait perdu une amie, alors souvent, nous allions lui rendre visite. Je voyais ça comme une visite à quelqu’un d’autre, sauf que la personne en question ne pouvait pas répondre et qu’on ne la voyait pas directement. Machinalement, ma Grosi nettoyait la tombe de son amie. Son rapport très serein face à la mort me confortait dans ce jeu du cimetière. En l’imitant j’allais nettoyer les tombes des autres occupants. J’enlevais la poussière, je leur demandais comment ça allait, j’enlevais les fleurs fanées et je prenais des fleurs fraiches sur les tombes des gens aimés pour les distribuer à peu près équitablement à chaque mort. Si jeune, et déjà socialiste.

    Mais à l’enterrement d’Elsa je sais que je n’aurais pas eu l’idée de jouer à la répartition des fleurs, je ne l’ai plus jamais eu après ça. Elsa n’était pas le simple résident d’une tombe dont il fallait s’occuper, elle était morte pour de vrai, la télévision en parlait et on me faisait clairement comprendre que moi aussi, je pouvais mourir comme ça. Mourir tout court d’ailleurs.

    Plus tard on a identifié, suspecté, accusé et enfin condamné le « tueur de l’est parisien » pour ce crime qui n’en fut qu’un d’une série. J’étais plus grande lors du procès, je me souviens bien de l’homme au T-shirt Puma, un homme que je n’arrivais pas à considérer comme un monstre. N’y voyez pas une éloge, au contraire, ce n’est qu’un homme, un vulgaire homme qui m’a fait comprendre sans le vouloir que moi aussi j’étais mortelle.

    Alors pour compenser, je vis.

    Et vous ?

(* Le titre est une référence au livre de Macha Meryl « Un jour je suis morte » dont le contenu n’a absolument rien à voir avec ce que je raconte mais je voulais le dire quand même).

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16 juillet 2009

Des racines pour des ailes

Autant qu’avant (si ce n’est plus) je suis dans la quête de ma véritable identité. A tâtons, je cherche ce qui pourrait être réellement moi, et trouver ce pour quoi je serais faite, mon « purpose ».

Un certain vieux schnok a cru bon un jour de déclarer que pour se connaître soi-même, encore faut-il savoir d’où on vient. J’ai souvent trouvé cette déclaration d’une profonde débilité. Si je vais, si j’ai la volonté d’aller, mes choix ne seront pas dictés par mes racines intellectuelles ou territoriales. Non, je me demanderais tout simplement ce que Jane Fonda ferait à ma place.

Cette question je ne me la suis donc jamais posée jusqu’à un jour du mois de mars dernier où en voiture ma mère, grande nomade, habitante de la terre avant tout, se tourne vers moi et me demande « Mais au fait, elles sont où tes racines ? ». Etonnée que ma génitrice pose cette question, puisque m’ayant donné naissance et élevée elle devrait en connaître un rayon sur ma personne ; étonnée aussi de ne m’être jamais posé cette question. Je lui répondis que je n’étais pas une salade et que les racines, c’était pas très bon de toutes façons.

Puis est-ce que je lui demande, moi, « si Titus est jaloux, Titus est amoureux » ? (Et là, seul Vincent risque d’avoir capté le semblant de blague).

Je n’ai pas pu empêcher cette question de me trotter en tête pendant des jours. D’où viens-je réellement ? J’ai cette chance de réussir à me sentir chez moi partout (sauf à New York, mais je suis persuadée que personne n’est réellement chez soi à New York) et, par conséquent, ne me sens vilaine petite canne nulle part.

Il doit bien y avoir un endroit, qui plus que les autres me retient, dans lequel j’ai cette chaleur intérieure quand j’y reviens… Mais où dois-je puiser ? Dans mes origines ?


En ce cas le panel est clair : j’ai trois solutions. Parce que je pense qu’il n’est pas assez de démonstrations illustrées par un graphique, je m’exécute en bonne jeune pas cadre et encore moins dynamique et vous présente un magnifique camembert ci-dessous. (voir infra, dirais-je même).

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[Imaginez-moi taper avec une baguette sur le graphique, comme un professeur d’université sur une courbe qui n’aurait aucun sens.]

Comme vous le voyez, je suis à moitié suisse. Personne n’est parfait (ou bien) mais j’aime bien arborer mon petit passeport rouge très design là où la France nous fourni des papiers marrons. Ma famille est originaire du canton de Zürich et une bonne partie y habite d’ailleurs. En Suisse les origines semblent avoir une très grande importance puisque sur les papiers d’identité il n’est pas écrit le lieu de naissance mais le lieu d’origine, qui dans mon cas est le patelin au doux nom de Bubikon dans lequel je n’ai jamais mis les pieds. Mon père non plus. Ma grand-mère non plus. Je ne sais pas d’où je puise cette origine, donc.
Je suis assez loin d’être une suissesse exemplaire. Je ne parle ni ne comprends le suisse allemand, j’ai refusé d’y voter,  je n’ai jamais vécu en Suisse même si j’y vais environ une fois par an et je me suis toujours sentie étrangère dans les réunions de famille, la barrière de la langue jouant beaucoup. L’allemand est pourtant la langue maternelle de mon père mais il a refusé de me l’apprendre, comme s’il avait voulu couper la racine.

Mais le jour où ma mère me posait cette question nous étions dans une voiture en direction de la Suisse et j’imagine très bien que sa question était « Tes racines sont-elles en Suisse ? ». Spontanément j’aurais répondu non. Non, jusqu’au moment où nous sommes arrivés à Zürich. Je n’y étais pas allée depuis un certain nombre d’années et si je me souvenais bien des bâtiments j’ai été choquée par la population. En marchant dans la rue, en mangeant au restaurant je ne pouvais m’empêcher de dévisager les gens que je croisais. Tous avaient la même tête que moi. La même structure de visage, le même front large, la même mâchoire, les mêmes yeux bleus, les mêmes cheveux crépus. Certains étaient bruns, d’autres avaient des gros nez ou un double menton mais en chacun je me reconnaissais comme dans un miroir. Je ne peux le nier : la Suisse est génétiquement ma maison.

Et puis, même sans y avoir vécu, la Suisse a une couleur d’enfance, par les séjours que j’ai pu y faire, la nourriture que j’ai mangée (je ne me lasserai jamais du birsher, des spatzlis et du rivella) et par les histoires que m’ont raconté mes grands-parents. Quand j’y vais, je sais que je vais bien me sentir. Est-ce ça, avoir des racines ?


En ce qui concerne mon côté russe il n’est pas relié à grande chose, une grand-mère volage a fricoté avec le docteur Gavrilov et paf, ça a fait des bébés à têtes de russes. Ma mère s’est sentie proche de ce côté russe, elle en a appris la langue, l’a assez maîtrisée pour être interprète aux JO et aime Saint Petersbourg. De mon côté je n’ai jamais mis les pieds dans ce pays et même si j’en ai très envie ce serait plus pour faire un voyage que pour retrouver des racines. Ce côté de ma personne ne se manifeste que dans ma capacité à tenir l’alcool je crois. Et il me permet aussi de cultiver un certain exotisme et de dire que moi, au moins, j’ai un papi russe.


Et tout de même, je suis française et avant tout française. J’y ai passé ma vie, suis allée à l’école de la république, je fais partie du peuple souverain, bref, je respire le cocorico. Je me suis d’ailleurs surprise à être quasi nationaliste l’année dernière en passant deux mois au Japon. Le 14 juillet je suis allée travailler en bleu-blanc-rouge et j’ai appris la marseillaise à mes copines de travail après leur avoir amené les croissants.  Bien. Mais en ce cas, pourquoi ai-je régulièrement cette honte d’être française ? Pourquoi me sens-je pas exclusivement française alors que j’y ai toujours vécu ? Peut-être parce que toute ma vie n’y est pas, et peut-être est-ce pour ça que lorsque je rentre de vacances je n’ai pas de sentiment particulier de rentrer « à la maison ». Mais tout de même, mon regard sur le monde est très français.

Si la génétique n’y répond pas restent alors les endroits où j’ai pu vivre.


Je dis souvent aux gens que je connais peu que j’ai passé une partie de mon enfance en Indonésie. Ce n’est pas un mensonge total si on met bout à bout le temps que j’y ai passé et surtout l’importance que j’y accordais étant petite. Bali était l’endroit que j’appelais « maison ». Quand j’y retourne, rien que l’odeur d’encens qui flotte dans l’air me rappelle mes premières années. Mais je ne parle pas balinais, ma peau est blanche, mes cheveux sont blonds, je n’ai jamais été considérée autrement que comme touriste. Peut-on avoir ses racines dans un pays où on est touriste ? On peut du moins s’en fabriquer certaines.


Paris, ville lumière, ville de l’amour et autres conneries qui s’en suivent. Paris est avant tout la ville où je vis depuis ma naissance à Boulogne (née à l’entrée du bois, j’attends vos railleries), toujours dans le même appartement, dans le même quartier. Si en 21 ans de sédentarisation la plante n’a pas pris racine c’est qu’on ne peut plus rien pour elle. Certes, je connais par cœur le métro (à l’exception de la ligne 7 bis que je maîtrise peu) et j’ai certains tics parisiens (un accent bourgeois latent, une angoisse quand on dépasse le périph’) mais ma ville n’est pas chez moi, c’est un décors tout au plus. Je pense sincèrement que je me trouverai parisienne pure souche quand je n’y habiterai plus. Pour l’heure je lui trouve beaucoup de défauts : socialement désastreuse, belle mais pas assez moderne pour être fun comme Tokyo ni assez vieille pour être magique comme Prague… Mais sans doute est-il normal de trouver à redire sur ses racines…

La question n’est pas tranchée. Si je suis une plante, j’en suis une qui fait le grand écart entre plusieurs pots et puise mes forces en de multiples endroits. Je viens de partout et je ne vais nulle part. Ou l’inverse.

Une chose est sûre : je serai difficilement plus complète étrangère qu’au Japon, peut-être est-ce aussi pour cela que je veux y habiter, je veux me perdre.

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(Grand) retour

Ça fait presque un an que j'ai arrêté. En un an j'ai grandit, j'ai fait des conneries, j'ai pris des décisions, j'ai raté un concours, j'ai eu une licence, j'ai découvert de nouvelles contrées… Mais le besoin d'écrire n'était plus assez important pour m'y remettre.

Ces derniers jours l'envie de reprendre mon blog s'est faite plus pressante. Apparement je ne suis pas la seule, nous avons donc décidé de procéder à un retour coordonné avec Thomas et Claire. Les suites sont souvent décevantes, je n'espère pas décevoir et retrouver un lectorat plus ou moins attentif.

Après une année de silence croyez-moi que j'en ai des choses à dire.
(et oui, j'imite la chamelle)

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29 juillet 2008

Si jeune et déjà poney

Cher tous, je ne suis pas morte je suis au Japon (comme vous le savez) et j'ai ouvert un blog pour l'occasion (que j'essaie de mettre à jour):

Natsumikan

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01 juillet 2008

I got it, I got it!

    Dis Alain, je voulais te raconter une anecdote… Non vraiment, la scène mérite d'être revue.

    Vendredi dernier nous sommes partis Kiniou, Sylvain, Claire, Manu et moi dans le sud pour marier tati Sophie et All that Mazz, le voyage était long mais long. Et moi, dans mon coin de voiture je stressais bêtement (parce que souvent quand on stresse c'est bêtement) parce que je savais qu'à 16h pétantes les résultats des examens seraient affichés et l'idée de passer les rattrapages de septembre me faisaient très très très chier. En plus quelques nuit plus tôt j'avais rêvé que je regardais mes résultats sur l'iphone de Sylvain et que j'avais une demi douzaine de matières à repasser.

    Il est 16h30 bien tassé. J'essaie de joindre Alexandre qui était sensé regarder les dits résultats par pure superstition: c'est lui qui m'a annoncé ma réussite de l'année dernière dans le hall de l'hôtel curry londonien. En plus j'étais à une Claire près entourée des mêmes gens. Oui mais il ne répond pas le bougre et mon stress monte d'un coup, je veux passer, comme si tous les efforts que je n'ai pas fournis pendant un an étaient prêts à sortir là d'un coup. Ni une ni deux, Sylvain dégaine l'Iphone. Encore une fois par pure superstition j'ai peur qu'en utilisant ce procédé la prophétie ne se réalise. Mais tant pis je veux trop savoir. Pof, arrivée sur le nouveau site trop moche de la fac et je donne mes codes d'accès au blond. D'un coup il cache l'écran et je me demande comment interpréter le geste. En fait il n'a pas compris ce qu'il a lu et veut être sûr. "Ya écrit quoi normalement?
- Ben ajournée ou admise.
- …
- Enfin si c'est "passable" ce serait déjà très bien.
- TADAAAAAAAAAA!
*cris dans la voiture*

Voilà comment je l'ai appris: J'ai mon année!

    J'oscille entre déception (9 en strat? Beurk…4 en droit européen? Ahaha) et bonnes surprises (14 en procédure pénale \o/ 7 en finances publiques) mais dans le fond ne pas refaire cette année pourrite que de très nombreux étudiants se tapent 2 fois (notre président le premier).

    Bon maintenant reste à parler de l'année prochaine: des vraies sciences politiques avec des vrais scouts dedans. Pour le plaisir, les matières:

  • Analyse des comportements politiques (avec mon prof de 1ere année (l))
  • Droit institutionnel communautaire
  • Droit international public (avec ma prof de 1ere année >_<)
  • Droit des libertés fondamentales
  • Histoire des idées politiques depuis le XVIIIe siècle
  • Institutions administratives locales
  • Institutions politiques françaises
  • Méthode de la SP
  • RI
  • Vie politique française
  • Théorie
  • Histoire des idées politiques (tout court?)

Bref à part deux ou trois je bave.

Niveau japonais j'ai également eu mon année (trop dur me direz-vous) et je ne sais que faire: continuer? Rien? Autre chose? Plus de chant?

Enfin quoiqu'il en soit happy like the hippo.

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26 juin 2008

Viens là que j'te montre ma cicatrice

[pour les rares qui l'ont déjà lu: je sais je recycle, mais. Puis ça garde une trace]

J'aime bien les histoires de bobo parce qu'elles sont souvent improbables et se finissent toujours mal, même si maintenant que ce n'est qu'une cicatrice on en rigole.

Demandez voir aux gens comment ils se sont fait telle ou telle cicatrice et vous aurez toujours toute une histoire qui l'accompagnera. Le menton que mon papa s'est ouvert en voulant attraper des cerises un peu trop hautes sur l'arbre, la cicatrice en forme de C sur le front de mon amie Machine qui a trébuché en allant ouvrir la porte et a brisé sa table basse en verre, le trait qui relie la bouche au nez de mon frère parce qu'il a essayé de se raser trop tôt (certains parlent de bec-de-lièvre mais c'est d'un commun…) puis sa toute petite cicatrice de l'appendicite qui fait des points sur son ventre quand il bronze.

Moi j'en ai assez peu. J'ai une marque dans le dos qu'on appelle "le fer à repasser", c'est vrai qu'on dirait un peu une brûlure, qui date de ce jour atroce où un vilain dermatologue décida que ce grain de beauté là était peut-être cancérigène et que dans le doute il fallait le retirer. J'ai même eu droit à mon grain de beauté dans un flacon après (on dirait une tête de Snorky c'est drôle) mais je me suis sentie moins en beauté d'un coup. Comme si on m'avait enlevé un petit bout de moi alors que je l'aimais bien. J'ai aussi un grain de beauté qui a changé de couleur le jour où la ceinture de sécurité l'a compressé parce que maman rentrait dans un camion. Dans la même lignée j'ai une cicatrice encore douloureuse sur un endroit peu commun. Du moins pour une griffure avec un ongle de pied (mais non, pas là, enfin).

Ah oui puis j'ai des traits aussi. J'en ai un horizontal sur le bras droit. Ça n'était pas volontaire, hein. J'avais dans les huit ans, je tenais la laisse de mon chien en rentrant de l'école. Mais quand maman m'a proposé un pain au chocolat je n'ai su quoi faire (parce qu'un pain au chocolat ça se mange avec les deux mains) donc j'ai pris le précieux pour le déguster tandis que je tenais la laisse (qui n'était en fait qu'une corde) en travers, sur le bras. Une saloperie de félon se pointe, ni une ni deux mon chien lui court après sans trop de problème puisque la laisse n'était pas vraiment tenue. C'est ainsi qu'on se fait une grosse brûlure à la corde quand on a huit ans. J'ai un autre trait plus petit sur l'index gauche qui date du CE2 quand je me suis coupée sans faire exprès avec le livre de français pendant que nous étudions les COI, bizarrement ça n'est jamais parti, les COI veulent rester en moi.

Il y a aussi cette petite pomme sur le genou qui date de la fois où, dans le bac à sable un garçon m'a poussée pour me piquer mon jouet, me propulsant le genou sur un caillou. Puis juste au dessus j'ai comme un petit grain. En fait c'est un grain. De riz. Une de mes premières fois au Rocky Horror Picture Show j'ai fait une magistrale chute, m'enfonçant je ne sais comment un grain de riz dans le genou.

Ah oui j'oubliais le bout de mollet qui me manque à droite. J'étais malade sans savoir d'où ça venait, je sortais d'une voiture pour aller chercher mes résultats d'analyses sanguines et je traversais la petite piste cyclable qui me séparait du trottoir. Une moto arrive d'un coup de nulle part et me fauche le mollet en emportant un bout (oui oui, truc qui pend, glamour et tout), c'est pas hyper visible mais quand on touche j'ai un creux.

J'ai aussi des bobos plus gros qui font qu'une vertèbre s'est déplacée quand un poney m'a marché sur le dos (cette méthode de massage ne marche définitivement pas) et un cou(p) du lapin à cause d'une bouteille de plongée trop haute et d'une vague mal placée. Mais ça, ça ne se voit pas de dehors alors ça ne compte pas.

ecorche_valverde
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15 juin 2008

Ni bon ni chon

[j'avais effacé l'article sur cette soirée pusique ceux qui l'ont lu ont cru que j'allais me suicider. Alors plutôt que de causer de canidés morts ou de mecs je vais retenir une anecdote qui ne tient pas en une simple VDM.]

 

C'était à la cérémonie de Miss Fac, je m'étais inscrite sans grande conviction en me disant que ce serait drôle de vouloir un monde en paix. Ou peut-être juste pour la séance photo gratuite.

 

    Le grand soir est là. Mon moral me chatouille les chaussettes et j'ai à peu près autant envie de monter sur scène que de me pendre mais je dois le faire, j'ai promis à cette fille au nom de fleur comestible que je ne la laisserai pas tomber. J'arrive devant la salle avec mon gros sac d'affaires pensant que j'en fais un peu trop. Je rencontre la maquilleuse qui est en fait en première année d'école de maquillage et qui semble très paumée. Surtout qu'elle a une heure pour maquiller 12 filles. Peut-être est-ce parce que je suis la plus entreprenante (ou la moins molle) de ces filles ou parce que le demi litre de vodka que j'ai descendu juste avant avec un étudiant russe mais je me propose pour être maquilleuse bis. Après coup je me dis que j'aurais dû faire exprès de rater leur trait de khôl et leur mettre du rouge à lèvres sur les dents mais on pense souvent aux plans diaboliques après coup.
    Arrivent les passages sur scène, le morceau que j'avais choisi (un tango) a été remplacé par du rock, ce devait être assez comique à voir…Puis dans les coulisses, entre deux gorgées de vodka je me demande si je dois mettre un soutien gorge sous ma robe de soirée parce que quand même ça se voit vachement. Une participante me lance un "ah non non, sans c'est vachement mieux!", j'ai à peine le temps de retirer la chose que me voici sur scène au bras de mon cavalier à saluer un public de gens que je fais tout pour éviter à la fac, c'est pas ma faute, c'est juste que j'ai du mal à aimer ces gens, surtout ceux qui vont aux soirées. A ces soirées.
    Le printemps vient juste de commencer mais il fait déjà bien chaud, surtout dans cette salle remplie d'humains. Imaginez donc mon étonnement en sentant une légère brise sur ma poitrine, ça chatouille et c'est rafraîchissant à la fois. Mais pas normal: là où je sens du vent il y a du tissu normalement. Gardant mon sourire commercial je baisse rapidement les yeux et découvre l'horreur: la bretelle de ma robe pend négligemment sur mon bas et mon sein droit au garde à vous salue l'assistance. Comme j'aimerais là tout de suite devenir invisible, mais non, les gens semblent me voir. Je remonte rapidement cette bretelle et tente d'avoir l'air la plus naturelle possible (toujours avec mon sourire Colgate et mon sang dans l'alcool), nous descendons de scène, et j'espère très fort que personne n'a vu ça. Bordel, j'ai montré mon nichon droit à tous les gens que je n'aime pas et aux quelques rares que j'aime bien à qui j'ai demandé de venir, je vais avoir du mal à faire croire à qui que ce soit qu'il me reste une once d'amour propre.

 

    Un mois plus tard à la fac est organisé une espèce de grand pot et quelqu'un m'interpelle "Oh Limouss! Viens prendre un jus!", j'ai dû avoir l'air terriblement hautaine en le toisant avec mon regard interrogateur à travers mes lunettes de soleil mais j'ai beau essayer, je ne le remets pas. Je lui demande alors si on se connaît reconnaissant alors mon manque de physionomiste. "Mais tout le monde te connaît" qu'il me répond avec un clin d'œil aguicheur. Seigneur Dieu.

 

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13 juin 2008

Popov et les pigeons

Vous vous souvenez de Popov, la bestiole mi hamster mi cochon mi ours (3/2 ça fait beaucoup, je sais)? Le revoici encore plus mal dessiné mais il me fait rire ce wombat à nez poilu.

J'imagine souvent à quoi ressemblerait ma vie si j'avais un wombat à la maison (on ne pense jamais assez à certaines choses) et surtout à quel point une bête comme ça serait dépaysée.

"Ce qui saute aux yeux ce sont les pigeons. Le béton partout encore je peux m'y faire, on en a un peu chez moi en plus. Les chiens aussi même si les vôtres sont plus dodus. Mais vos pigeons me font rire, j'y peux rien.
  Il faut dire que chez moi un pigeon c'est rose, ça caquette et ça s'appelle un galah et ils passent leur temps à organiser des concours de caca sur la tête des gens. J'en ai même vu un réussir en plein désert, balaise. Mais ils sont quand même bien fragiles et farouches, dans un pays aussi vide que l'Australie on n'est pas habitué à côtoyer des humains (enfin moi si, mais moi j'ai voyagé, j'ai même gagné des concours). Tandis que vos pigeons sont tous gris et très peu farouche. Alors que je faisais ma balade nocturne dans le parc Monsouris (je ne me balade que le soir parce que je n'ai pas eu d'autorisation pour venir à Paris et on m'a fait comprendre que votre politique d'immigration était assez rigide) toute une tripoté de pigeons gris était en train de faire sa fête à un sac de graines éventré. Si j'ai bien un point en commun avec vos amis citadins c'est le goût pour les bonnes choses et entre nous les graines c'est vachement bon. Je m'avançai donc pour en cueillir ma part. Pour être très honnête je ne pensais pas que cela poserait le moindre problème, je pèse quand même 15kg de plus qu'eux (peut-être un peu plus, la nourriture est bonne et grasse par chez vous). Et bien non, je reçu des petits coups de bec dans la croupe tandis que d'autres se servaient de mon dos dodu comme d'un perchoir matelassé. Faut pas déconner, je me secouai pour faire fuir ces bloody piafs. Tous sauf un s'envolèrent. Il me regardait droit dans les yeux, son bec contre les poils de mon nez. Son grand regard vide laissait paraître sa stupidité mais son culot et ses multiples blessures me font comprendre qu'il est très courageux. Il me toise d'un air interrogateur, ce doit être la première fois qu'il croise un wombat, mais il ne se laisse pas défiler pour autant. Il me faisait un peu pitié avec son aile en écharpe, sa patte de bois et sa blessure. J'ai donc tourné ce qui me sert de talons et suis rentré à la maison en pensant aux bonnes carottes qui m'attendaient. Depuis je ne peux pas m'empêcher de penser que j'ai perdu une bataille morale avec un pigeon qui en a la cervelle et qu'après tout ce n'était peut-être pas de la pitié si je suis parti… J'ai senti que si je restai il m'aurait provoqué en duel quitte à tâter de ma dent, il s'en foutait, il voulait se battre parce qu'un pigeon parisien meurt s'il ne se bat pas. Et si je l'avais tué ses collègues seraient venus m'achever par le nombre. Depuis je sors un peu plus tard quand les oiseaux dorment.
Vos pigeons sont des sacrés warriors quand même."

wombat_pigeon2


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