Mouss: The Blog That Goes Like This

07 mars 2010

Nakushimashitaaa?

 

Je pense avoir plus d'une pathologie. Entre mes hallucinations, mes troubles obsessionnels compulsifs concernant mes ongles et mes déprimes surprises sans raison, je pense avoir de quoi intéresser quelque psychiatre fatigué de passer ses journées à voir d'ennuyeux cas de simple bipolarité. Mais une chose par dessus tout me caractérise: je perds tout.


D'un côté je dirais que c'est une bonne chose, de ne pas être matérielle. Je n'oublierai pas votre anniversaire, je peux vous aimer plus que votre chiot, mais ne me confiez jamais un objet auquel vous tenez comme à la prunelle de vos yeux, parce que les chances pour que je le perde sont honteusement élevées.


En France j'ai battu des records, en perdant deux fois en deux mois mes cartes de crédit (si bien que j'ai fini par oublier mon code pin), j'ai perdu des tas d'habits dans les quatre coins du monde, j'ai perdu des dizaines de clefs et un bon paquet de documents « importants ». On pourrait dire que c'est par manque d'organisation, mais je vous assure que c'est tout simplement parce que les choses ne m'intéressent pas. Puis je suis certaine qu'une force cosmique, un trou noir ambulant, me suit pour semer la confusion. Et quand je vois mes parents, il est clair que ce problème est génétique.


En général, je m'en remet au karma. Si je perds un objet, je vais penser que c'est la conséquence de mes actes précédents, que karma me punit pour avoir fait quelque chose de mal dans un passé proche. Ce que karma ignore, c'est que je suis née sous une bonne étoile et que je suis une des personnes les plus chanceuses qui soient. Parce que oui, la majorité du temps les choses reviennent à moi comme un boomerang. On me vole mon sac dans un bar, je le récupère avec son contenu (enfin, moins l'argent et mon parfum) deux semaines après, la personne l'ayant trouvé dans la rue m'ayant envoyé une lettre. Je perds mon porte-monnaie et je reçois un courrier deux jours plus tard me disant qu'il est retrouvé. Ma chance est par contre parfois un peu tardive, et arrive systématiquement après avoir fait opposition sur les différentes cartes, mais peu importe.


Le fait d'arriver au Japon n'a pas changé mes mauvaises habitudes, au contraire. Et pour cause, la criminalité étant inexistante dans le pays, personne ne fait attention à ses affaires: les poches ouvertes sont légion et il est d'usage de laisser son sac sur sa chaise pour réserver un siège. C'est quelque chose d'agréable à vivre: une confiance générale règne.


Mais c'est un danger pour moi, si je n'ai pas à m'occuper de mes affaires je sais très bien que cette histoire finira en perte surprise pour moi. Et je me suis rendue compte qu'au final, je Japon est le meilleur endroit pour supporter ma pathologie de perdeuse (et non pas perdante).


J'ai perdu mes clefs deux fois. Mais ça, ça ne compte pas vraiment, puisque que je les ai retrouvées dans la poche de Marc puis dans un sac chez Ben, le mot égaré conviendrait plus. Je me souviendrai quand même toujours de la voix du concierge que j'ai reveillé à une heure du matin pour avoir la clef de rechange, persuadée de l'avoir perdue, encore retournée de m'être fait contrôlée par la police et avec un anglais caché dans la salle de bain, après que je lui ai dit "kagi wo nakushimashitakara…(j'ai perdu ma clef…)

- Nakuchimashitaaa ?" me fit-il d'un air outré. Non, non, seulement égarées. Hum, "wasuremashita" ("oubliées"). Perdre ses affaires si tôt le matin ne doit donc pas faire partie des coutumes du pays.


En revanche j'ai réellement perdu mon téléphone, lors du dimanche noir (qui mérite un article à lui seul), sur la banquette d'un taxi. Après avoir appelé toutes les compagnies de taxi à dix kilomètres à la ronde en vain, je me suis résignée et me suis rendue au poste de police de Sannomiya (par poste de police j'entends un petit préfabriqué sous le métro). Je prends une chaise pliante et commence à expliquer mon problème en japonais et je finis par remplir une déclaration de perte qui sera notifiée à la rue des Morillons de Kobe. Je me targue donc d'une description de mon téléphone, son opérateur, l'endroit et l'heure à laquelle je l'ai perdu, tout ce qui pourrait aider à l'identifier, c'est tout juste si nous n'avons pas imprimé des affichettes avec sa photo dessus. S'en est suivit une situation des plus cocasses, le koban me demande « Donnez-nous votre numéro de téléphone, comme ça on vous appelle si on le retrouve.

- Mais vous ne pouvez pas m'appeler, j'ai justement perdu mon téléphone.

- Parce que vous n'avez qu'un seul téléphone?

- Ben… Oui.

- Et auriez-vous le numéro d'un ami qu'on pourrait prévenir dans ce cas?

-Oui. Dans mon téléphone.

-Rien d'autre?

-Non. Oh si, attendez, j'ai le numéro de 'mon parrain de Tokyo' dans mon portefeuille. »

En sortant j'ai appelé l'ami de mon père pour le prévenir que si la police de Kobe l'appelle ce n'est pas parce que je suis allée en prison. Hiroshi souffre de la même pathologie que moi en ce qui concerne les objets, et il m'a rassuré d'un « ne t'en fais pas, j'ai perdu trois fois mon téléphone dans un taxi et je l'ai retrouvé les trois fois ».

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Un jour, deux jours se passent, rien, pas de nouvelle. Tous les scenarii s'enchaînent dans mon esprit, peut-être qu'ils n'ont jamais retrouvé mon téléphone et que je suis l'exception qui confirme la règle au Japon, peut-être qu'ils l'ont trouvé mais qu'ils n'ont pas appelé Hiroshi. Ou alors ils l'ont trouvé, ils ont appelé Hiroshi mais il n'a jamais répondu, comme il le fait souvent. Ou pire, ils l'ont appelé mais il a lui-même perdu son téléphone sur la banquette d'un taxi.


Je veux en avoir le cœur net, et retourne au préfabriqué de police au soir du troisième jour. En entrant le policier me sourit poliment et file dans une autre pièce chercher quelqu'un. Machinalement, je reprend la chaise pliante sur laquelle j'étais assise deux jours auparavant et ré-explique mon problème en japonais comme la dernière fois. Le policier me coupe dans un anglais absolument parfait me disant « Votre japonais est bon mais si vous préférez, vous pouvez m'expliquer votre problème en anglais ». En effet, je préfère, oui. Après avoir passé un coup de fil il se trouve que, bonne nouvelle, mon téléphone a été retrouvé. Mais, moins bonne nouvelle, ils ne savent pas dans quel poste il se trouve actuellement. Ironique, ils retrouvent mes affaires pour les perdre ensuite. Après m'avoir félicité pour la qualité de mon anglais « pour une française » (venant d'un japonais le compliment m'est resté en travers de la gorge) il me conseille de rappeler demain pour me rendre dans le bon poste, ce que je fais le lendemain. Je bénis karma pour ne pas avoir perdu la boîte de mon téléphone, ce qui me permet de prouver que c'est bien du mien qu'il s'agit, lorsque l'agent de police sort mon keitai d'une boîte.



Il y a deux semaines je me suis réveillée chez mon ami Ben (qui, au passage, est mon futur chez moi) avec la certitude d'avoir perdu quelque chose. En fouillant mes poches puis mon sac je m'en remet à l'évidence: j'ai perdu ma carte de retrait, celle avec Winnie l'ourson dessus. Je retourne au convini où j'ai retiré des sous, puis au bar où j'étais la veille, en vain, ma carte n'est pas là. Je reste relativement confiante puisque cette carte ne sert qu'à retirer du liquide dans un DAB, il est impossible d'effectuer des achats avec, et je ne sais même pas s'il est possible de la pirater pour en obtenir le code. Je n'ai par ailleurs pas le temps d'aller à la banque puisque je dois partir pour Tokyo le jour-même (puis un dimanche ma banque est fermée de toutes façons).


Le lendemain, alors que je prenais un petit-déjeuner à l'aube avec mon ami Basim (comprendre: alors que je mangeais un curry indien à quatre heures de l'après-midi), un numéro japonais m'appelle et une voix féminine se présentant comme étant employée de la banque Mitsubishi m'annonce que quelque quidam a retrouvé ma carte Winnie dans la rue et l'a rapportée à l'agence la plus proche et me demande quand je peux venir la récupérer. « Ah, c'est une bonne nouvelle, mais je suis désolée, je suis actuellement à Tokyo, je ne peux pas passer

- Oh je vois, voulez-vous que je vous l'envoie par la poste ?

- Non, ne vous en faîtes pas, je passerai dans la semaine ».



Quelle sera la prochaine perte ? Le sac entier ? Un ordinateur ? Une enveloppe de billets de banque ? Quelque chose d'encore plus gros ? Seul le temps me le dira mais une chose est certaine: même si j'y mettais toute l'attention du monde, je ne pourrais affirmer qu'à l'avenir je ne perdrai rien. Bouddha merci, je peux dormir sur mes deux oreilles dans ce pays et ne pas m'inquiéter pour mes affaires. Le retour à la vie réelle, lui, sera d'autant plus douloureux.

 

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27 février 2010

Asobimashou

Je n'ai pas écrit depuis un moment, et pourtant j'écris des tonnes d'articles sur tout et n'importe quoi. Mais dans ma tête. Je ne m'excuserai pas parce que je ne vois pas pourquoi je devrais un certain quota d'articles à qui que ce soit mais je sais qu'en étant irrégulière je perds des lecteurs…


Après tout, je dirais que l'adage « pas de nouvelle, bonnes nouvelles » colle à la perfection en mon cas. Oui, je suis au Japon depuis maintenant cinq mois et je pense passer du bon temps. Les personnes qui ont le privilège de m'avoir dans leurs amis Facebook penseront que par « bon temps » j'entends « sortir », et ceux-là auront en grande partie raison. Mon parrain, qui en vérité

n'est pas mon parrain mais en voyant tout ce qu'il a pu faire pour moi je pense qu'il mérite que je lui en donne le titre, m'a d'ailleurs dit au téléphone « J'ai vu tes photos… Tu as l'air de t'amuser… » d'un air passablement narquois.


Je pense que la vie nocturne est une partie essentielle contenu dans le contrat d'études de tous les étudiants en échange du monde. Des étudiants du monde entier se retrouvent dans un pays qui leur est étranger, ils n'ont pas vraiment besoin de travailler parce qu'on ne redouble pas une année d'échange, e

t en plus beaucoup ont cette merveille de la nature appelée JASSO, une bourse de 600€ qui nous tombe dans les mains chaque mois. Qu'attendre de ces étudiants? Qu'ils restent dans leur petite chambre de résidence à attendre que jeunesse se passe? Non, ils sortent.


Quoique, les étudiants en échange ne sont pas les seuls. dans mon séminaire de relations internationales (dans lequel je suis la seule étrangère), une séance sur quatre environ est dédiée à la programmation du prochain "nomikai", où on sort boire avec le professeur, ce qui semble se faire beaucoup dans les facs japonaises. C'est d'ailleurs ainsi que je me suis retrouvée dans un izakaya avec mon professeur français de relations internationales et mon professeur japonais, ce dernier félicitant le premier d'avoir une élève "qui tient bien son ume shu". Je pense avoir rougi de honte et de fierté à la fois.

Si j'ai pu « faire la fête » en quantité honorable à Paris (Aaah, le second semestre de licence…) je ne « sortais » pas souvent pour une raison bien simple: la vie y est incroyablement chère et donc à part pour certaines occasions je ne fréquente que peu les bars et autres clubs parisiens, sans quoi j'aurais eu à hypothéquer ma grand-mère. Je plains d'ailleurs les étudiants en échange à Paris, qui, en plus des conditions de travail lamentables (j'avais sincèrement honte l'année dernière en voyant les amphis de Guy de la Brosse) doivent vivre dans une des villes les plus chères du monde.


Plus encore que de simples bars ou clubs, une tradition nocturne que j'adore et honore bien souvent: le karaoke. En France le karaoke est quelque chose de bien ringard, mais ici c'est une activité des plus normales. Un petit salon est mis à votre disposition et vous chantez ce qui vous chante (notez l'astuce) pendant une ou deux heures, à votre aise. Il y a les chansons "

obligatoires", les chansons qu'on ne chante qu'une fois et dont on se lasse, celles que tout le monde connaît et entonne en chœur, celles qu'une seule personne connait et chante dans son coin pendant que les autres papotent et celles hyper dures à lire en japonais. Décrocher un téléphone pour demander quelque chose, chanter, regarder les garçons tomber la chemise sans raison c'est le karaoke que j'aime.




Ici pour la première fois dans ma vie, je suis connue des bars et restaurants dans lesquels je vais, pas parce que j'y vais souvent, mais parce qu'une blonde passe beaucoup moins inaperçue au Japon, bizarrement. Le fait d'être étrangère de façon visible change beaucoup de choses dans ma vie quotidienne mais aussi dans la façon de sortir. Rien n'est officiel, évidemment, mais il y a des « bars à gaijin » où on ne trouve que des étrangers de tous horizons, et certains endroits où à l'entrée on nous signale plus ou moins poliment qu'ici c'est « nihonjin dake » (seulement pour les japonais). Je serais tentée d'appeler ça du racisme, et c'est bien une des choses qui fait que je ne me sentirai jamais complètement la bienvenue dans ce pays même si les gens sont parallèlement extrêmement gentils avec moi.


Paradoxalement, c'est dans les bars que je parle le plus souvent japonais. C'est comme si la nuit et la bière amélioraient considérablement mon niveau de japonais et je rencontre un tas de gens que je n'aurais jamais pensé rencontrer au Japon. Pour une raison que j'ignore, les japonais adorent se faire appeler par un surnom qu'ils ne donnent qu'aux gaijin. Ainsi j'ai rencontré un « Luigi », une « Himé » et un « Mahalo ». Du fabriquant de masques de catch mexicain à la mère de famille qui sort en semaine, je rencontre la nuit une population japonaise qui n'est pas celle que je croise tous les jours dans le train.


Une belle tradition japonaise réside dans l'izakaya. C'est clairement un bar à tapas mais japonais: on mange des plats relativement simples (comme des yakitori) et on y boit pour pas cher. Le plus cher à mon cœur reste Torikizoku avec son système de "tout à 280¥", son fromage pané… Et dans les izakaya, un grand classique est le nomihôdai. Il s'agit ni plus ni moins d'une formule à volonté non pas de nourriture mais de boisson, chose inimaginable en Europe, où la population n'est généralement pas sous la table après deux bières comme mes chers nippons. Finalement si je bois, c'est parce que je me plie à la culture.




Mon endroit préféré pour ça est sans aucun doute ce petit bar sous le métro, complètement perdu au milieu de boutiques fermées nuit et jour appelé le « Time Trip ». Un de mes premiers jours à Kobe j'ai décidé de marcher et découvrir la ville en longeant le métro, pour être sûre de ne pas me perdre. Je suis passée devant cet endroit sans pour autant me douter qu'il s'agissait d'un bar. A vrai dire, j'étais persuadée que l'endroit était une animalerie spécialisée dans les animaux peu communs. Voilà qui est cocasse, me direz-vous, cette impression fait sens quand on sait que ce jour-là, devant la porte coulissante de l'endroit se trouvait un porcelet dans une cage et qu'une vitrine laissait apparaître des tortues de terre. J'ai caressé le petit cochon qui remuait la queue comme un chiot, et m'en suis allée, poursuivant ma découverte de la ville.


Cet épisode cochonesque m'était bien entendu resté en tête (et je décidai d'avoir un cochon comme animal de compagnie quand je serai grande) mais je n'y suis pas retournée. Deux semaines plus tard, un étudiant en échange depuis déjà un semestre a voulu nous emmener « dans un bar super cool », sans autre précision. En arrivant à l'endroit j'ai compris. Lumières tamisées roses et vertes, des livres inquiétants (« les différents suicides ») et beaucoup d'autres animaux à l'intérieur m'ont fait aimer l'endroit dès le premier instant. Puis il y avait « Roast », ce petit cochon qui se baladait de client en client pour réclamer des cacahuètes et parf

ois même du whisky (si, je l'ai vu). J'ai également eu le privilège de baptiser un lézard « Camembert », ce qui en y pensant, est un patronyme absolument parfait pour un reptile.


C'est le genre d'endroit où je vais « pour un verre » et dont je ressors à sept heures du matin, sans m'en être vraiment rendue compte. Mais il n'y a pas que du bon. Il se trouve que le barman, qui est l'une des personnes les plus gentilles du monde et je ne dis pas ça uniquement parce qu'il m'a offert des chocolats pour mon anniversaire et m'a dit que j'étais l'étrangère parlant le mieux le japonais dans ses clients, a une passion pour les serpents et a la mauvaise idée d'en posséder un certain nombre. Je ne saurais pas vous dire de quel genre de serpent il s'agit, car voyez-vous, j'ai une sainte horreur de ces bêtes. Pire que ça, je fais des cauchemars pleins de reptiles cul-de-jatte environ une fois par semaine. Alors voir mes amis câliner et embrasser un de ces félons de la nature ne m'enchante que peu. En général, lorsque l'un des serpents est de sortie je pars faire un tour dehors, ou je fais en sorte d'en être le plus éloignée possible. Je suis assez instinctive mais lorsqu'une hydre maléfique est dans les parages je mime naturellement l'attitude de la biche furtive, scrutant chaque geste du prédateur et sursautant au moindre geste inhabituel.

 

 

C'est ainsi que j'ai pu assister au spectacle d'un serpent tentant de mordre mon britannique d'ami au visage. Bien fait.


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07 novembre 2009

Dormi Tori

A part pendant de plutôt  courtes périodes, je n’ai jamais eu l’occasion de vraiment vivre seule, mais la perspective de passer cette année en résidence universitaire m’a autant intriguée qu’attirée. Ma sœur m’avait fait part de ses regrets d’avoir manqué une telle expérience estudiantine,  sans que je ne comprenne réellement pourquoi.

Le lendemain de mon arrivée à Kobe, mes parents et moi sommes allés voir le lieu où je passerai l’année à venir.

Les japonais ont de bien drôles de manières. On m’a certes accueilli avec un grand sourire, mais en me tendant une liasse de papiers en anglais qui listent les interdictions de l’endroit. Je sais que je prends des risques en citant un film aussi culturellement profond que « Freaky Friday » mais il est très le qualificatif « d’anti-fun » correspond bien à la résidence de Port Island. La définition en est simple « tu prends tout ce qui est fun et tu l’interdis ». (désolée). Outre l’interdiction d’avoir un animal, de fumer dans ma chambre (à la bonne heure), de laisser la lumière allumée dans les parties communes quand je n’y suis pas, de pousser le bouton « urgence » par accident (oui, mais si c’est un accident…), je n’ai entre autres pas le droit de perdre ou de faire un double de ma clef,  pas le droit de jeter mes poubelles à un autre moment que le mardi ou vendredi entre cinq et huit heures du matin, de boire de l’alcool après 21h ou encore de faire entrer dans les étages des personnes qui ne sont pas de la résidence, les caméras de surveillance faisant leur travail à plusieurs endroit stratégiques.  La liste est bien plus longue mais je vous en épargnerai les détails.

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Cette dernière règle fut la première à me poser un sérieux problème, surtout quand je dis au concierge « Je vais voir à quoi ressemble ma chambre avec mes parents puis on s’en va ». Un japonais ne sait pas vraiment dire non s’il n’est pas policier, c’est ainsi que j’eus droit à une moue qui déforma le visage de mon interlocuteur en un grincement de dent. « Mais c’est interdit aux étrangers.
-    Oui, enfin ce sont mes parents.
-    Mais vos parents n’habitent pas là.
-    Ils ont fait le voyage pour ça (tu parles), vous n’allez pas les priver de ce plaisir (bis).
-    Bien, mais vous repartez vite alors. »

Je sais que je devrais, mais je n’ai absolument pas l’impression que l’on vient de me faire une faveur.

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Nous entrons alors dans un ascenseur qui doit bien dater du jurassique (au moins 1981) et qui n’a pas été rénové une seule fois depuis. Après avoir appuyé sur le bouton portant le chiffre « 5 », l’engin nous porte lourdement puis finit par s’arrêter dans un bruit de petite sonnette qui dénote avec l’ambiance général de l’endroit. J’ai soudain regretté d’avoir fait ce voyage avec mes parents avant mon installation, d’avoir été dans de grands hôtels avec de grandes chambres et de vraies lumières. Après mes vacances en Thaïlande j’aurais sans doute mieux digéré la chose. Mais pas là. Là, le couloir m’est apparu comme celui d’une prison avec des cellules sur chaque paroi et le nom des détenus sur les portes. Au moins le niveau est meilleur qu’en France, nous n’avons qu’une taularde par cellule.

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J’ouvre la porte avec anxiété, je n’ai pas envie de retrouver le cagibi sans fenêtre que j’avais laissé à Tokyo l’année dernière… Mais non, en fin de compte c’est une chambre tout à fait normale, voire relativement spacieuse, au mobilier très nippon que je trouve devant moi. Tout va bien, je peux vivre ici.

Les jours passent, Ikea m’aide à aménager mon espace vital, mon sens du rangement rend l’endroit très… Semblable à ma chambre française.

La vie en résidence (bien que tout endroit où on réside soit une résidence, je parle de ces endroits où on partage douche, toilettes, cuisine et machine à laver) en revanche change toute la manière de vivre. Mes voisines ne sont pas de simples voisines de pallier puisque nous cuisinons et mangeons ensemble (il arrive même que nous fassions pipi à côté sans nous voir, c’est dire la promiscuité). Mais nous ne sommes pas vraiment des colocataires non plus, puisque nous ne jouissons pas, à part la table de la cuisine, à proprement parler de salle commune.


Je vois la résidence par deux biais que m’envierait la Guerre Froide.

Cette résidence est un sovkhoze. Détrompez-vous, de ma bouche ce mot ne veut pas dire que je me sens comme une travailleuse malheureuse au possible, je vois cela dans le bon sens, dans ce que le communisme a pu apporter de bon dans ce bas monde et que le capitalisme forcené nous a totalement fait oublier : le partage. J’ai mon lopin de terre (ma chambre) et le reste est en commun. Vivre ensemble force à penser à autre chose qu’à sa propre pomme, force à laisser les autres utiliser vos affaires s’ils le veulent, et en échange vous pourrez utiliser ce liquide vaisselle qui traine sur le coin de l’évier. L’entraide est quelque chose que j’ai connu dans ma famille nombreuse pendant longtemps mais pour ainsi dire jamais entre voisins. En étant malade des voisines m’ont amené des médocs, mouchoirs, m’ont proposé de faire des courses ou à manger, le genre de chose qui ne me serait jamais arrivé dans un immeuble parisien… Surtout que dans ce cas précis nous partageons plus qu’un simple bout de pallier : nous payons l’électricité, l’eau et le gaz en commun par étage. Il n’y a pas de traitement de faveur, pas de chambre plus grande que l’autre ou de loyer moins cher, toutes les filles des chambres D sont logées à la même enseigne.
Oui, la résidence internationale de Port Island est une expression miniature du communisme avec ses règles trop strictes et sans aucun sens et sa mise en commun du reste.

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Mais la résidence est aussi une vraie colonie de vacances. Chose que je détestais dans mon enfance, sans doute parce que je n’aimais pas tant que ça les autres enfants, me ravie aujourd’hui. Ce soir nous sortons : soit, tout le monde se regroupe en bas, costumés pour Halloween, pomponné le samedi soir, fatigués le matin, et nous marchons en groupe vers le lieux de nos futurs activités. Des petits groupes d’amis se façonnent (souvent par nationalité), quelques couples se forment, des tas de rumeurs circulent, il y a les filles qui font leur commandantes et ceux qui sont trop mous, ceux qui ne parlent à personne et ceux qui vont toquer à chaque porte juste pour savoir comment ça va.


Beaucoup commencent déjà à partir, j’y ai pensé aussi, prendre un appartement dans un endroit moins isolée que peut l’être l’île en face de la ville, avoir ma propre douche, ne pas avoir la sonnerie de l’école primaire dans les oreilles tous les matins, mais outre le fait que je sois assez communiste et enfantine pour aimer cet endroit, le loyer coûte 50€ par mois. Donc on verra plus tard, hein.

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12 octobre 2009

Nouveau départ

Il y a bien un moment où on quitte le nid.

La semaine dernière, j’ai décidé de prendre appui sur le bord du nid familial et de me lancer dans le vide. Un vide profond de 10 000km : je suis partie au Japon. Un problème reste à résoudre : ai-je pris mes ailes avec moi ?

On parle régulièrement de « couper le cordon » avec ses parents. Cette expression imagée rappelant sans équivoque le cordon ombilical m’a toujours répugnée. J’imaginais un bébé hurlant, sale, visqueux, un grand fil pendant de son ventre qu’un papa, les yeux aux larmes de bonheur face à tant de beauté rompt à l’aide de petits ciseaux de chirurgie.

J’avais tort.

Le cordon de cette expression se trouve être un lien qui persiste bien après la naissance et samedi dernier, je l’ai vu se rompre sous mes yeux. Le fait d’être très proche de mes parents est une chance mais rend fatalement le processus plus douloureux. C’est peut-être pour cela que j’ai voulu partir si loin, pour arracher le pansement d’un coup.

Mes géniteurs ont eu la gentillesse ou l’inquiétude de m’accompagner au Japon afin de m’aider à m’installer (après un magnifique voyage dans le pays soit dit en passant), mais aussi afin de ne pas quitter absolument tous les proches d’un coup, que les choses se fassent en douceur. Aussi douce puisse-t-elle être, la coupure se devait tout de même d’avoir lieu.

Ce samedi, mes parents partaient donc par l’avion de 11h59 à l’aéroport de Osaka. Très rapidement, ma mère m’a fait comprendre qu’une séparation devant la douane serait trop déchirante pour nous. Elle n’avait sans doute pas tort, d’autant que je redoutais la solitude du chemin du retour dans un train rempli de petits jaunes.

Nous décidions donc d’un commun d’accord de nous séparer à l’hôtel où je resterai dans la chambre après leur départ. Avant qu’aucun n’ai réellement eu le temps de penser à une phrase poignante d’au revoir, mes parents se sont retrouvés assis à l’arrière d’un taxi, me fixant. Elle, avec ses habituelles lunettes noires vissées sur le nez qui avaient trouvé un nouvel usage, grimaçait et lui fronçait les sourcils, de la même manière que moi lorsque j’essaie d’empêcher les larmes de sortir.

Jusqu’à ce moment-là, je n’avais pas pleinement réalisé que je partais pour un an, que je ne les verrais pas avant un bon moment. A ce moment-là, nous réalisions tous les trois que nous étions jusqu’alors persuadés que je n’étais encore qu’un œuf, et qu’un œuf ne sait pas voler. Les larmes ont chauffé mes joues tandis que je parcourais le hall de l’hôtel pour remonter dans la chambre vide, pas pour y dormir, mais pour y trouver de la compagnie. Je me retrouvais complètement seule : pas un visage connu, pas une voix familière pour me rassurer autour de moi, il fallait que je parle au téléphone, même si en temps normal je ne suis pas une folle du combiné. Et par dessus tout, je déteste pleurer au téléphone. Mais quand il m’appela, les larmes venaient plus facilement que les mots.

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Mon nouveau téléphone japonais sonna midi : il était temps de partir. J’empaquetais mes affaires et rendais ma clef mais n’arrivais pas à me résoudre à retourner tout de suite dans la chambre que m’a attribuée la faculté de Kobe. Je fis un tour en ville mais la fatigue m’ordonna de rentrer m’installer.

J’ai pourtant déjà été seule au Japon. Mais ce n’était que pour deux mois, mon statut était celui d’une touriste et j’avais un billet retour.


L’année dernière j’ai tenu un blog pendant bien peu de temps. Le fait d’écrire mes péripéties jour après jour se trouvait être une dose de travail trop grande, et j’aurais fini par écrire qu’aujourd’hui, j’ai passé ma journée à écrire la journée d’hier… Si je n’ai pas tenu sur deux mois, je ne tiendrais pas de cette manière pour deux ans, c’est pourquoi je décide de prendre des moments, des anecdotes, des incompréhensions comme sujets plutôt qu’un récit.

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30 juillet 2009

Un jour, je suis née

    Non, je ne vais pas parler du jour où je suis sortie sale et en pleurs du bas-ventre de ma chère mère. Mais d’une autre naissance. Le bébé ne sait que baver, pleurer, morver, manger dormir et déféquer. S’il s’amuse il n’a pas vraiment conscience, il ne sait pas ce qu’est la vie. Et il n'en prendra pas forcément conscience au même âge que ses autres compères bébés qui entre temps auront eu le loisir de devenir enfants.

    Ma vie fut une espèce de rêve tout doux en forme de nuage jusqu’à mes sept ans. C’était beau et innocent.

    Depuis je vis.

    Et c’est en prenant conscience de la mort que j’ai commencé à vivre. Loin d’être paradoxal, le fait de se savoir mortel permet en soi d’être vivant et de profiter de ce statut de vivant.

    Cette soirée reste gravée dans mon esprit. Ça n’est pas un mauvais souvenir, pas quelque chose de traumatisant mais un souvenir qui reste très clair et le restera un bon moment.

    J’étais donc en cours préparatoire, et ce soir-là mes parents étaient sortis, mon frère et ma sœur me gardaient. J’adorais ce genre de soirée sans autorité, d’autant qu’ils ramenaient souvent leurs amis, que je trouvais très coules. Mais pas ce soir. Ce soir la porte a sonné mais ce n’était pas les amis de mon frère qui se tenaient derrière la porte. Ma sœur a ouvert la grande porte blindée de l’entrée pour dévoiler un monsieur en imper beige, il ne lui manquait qu’un chapeau pour avoir l’air de sortir d’un film. L’officier de police a décliné son identité et sorti une photo de sa poche. Ma sœur eu le réflexe sain et naturel de m’éloigner de cette porte avec l’agressivité d’une maman louve qui empêche son louveteau de retourner dans la grotte. Ou le terrier. Enfin là où les loups habitent, quoi. Mais je suis revenue à la charge, cette photo m’attirait comme un aimant. Elle représentait une jeune fille que je ne connaissais pas.

    Je n’ai pas eu l’occasion d’en savoir plus jusqu’à ce que ma mère m’explique la chose plus en détail. Cette fille s’appelait Elsa et le policier était là pour savoir si nous l’avions déjà vue. Parce qu’Elsa avait été retrouvée morte dans notre parking le matin même. Par quinze coups de couteaux. Personne ne savait à ce
moment qui avait fait ça, le seul témoin disait avoir croisé une voiture blanche. C’est tout.

    C’est tout mais c’est déjà pas mal quand on est une petite fille qui voit la vie comme un bonbon à la fraise.

    Pour la première fois la mort était imprégnée d’un endroit que je fréquentais souvent, un endroit dans lequel je vivais. Et de la pire des morts, la mort haineuse sans raison, la mort d’un tueur fou qui peut revenir. Le voisinage était partagé entre tristesse et terreur. Ma sœur n’avait plus le droit de sortir seule ni de prendre le métro après la tombée de la nuit et je n’ai plus pu me déplacer librement dans l’immeuble.

cimetiere

    On m’a interdit d’aller à l’enterrement, parce qu’un enterrement n’est pas un événement pour les petites filles. Pourtant, je me souviens que petite les sorties au cimetière me ravissaient. Je passais mes vacances chez ma grand-mère qui avait perdu une amie, alors souvent, nous allions lui rendre visite. Je voyais ça comme une visite à quelqu’un d’autre, sauf que la personne en question ne pouvait pas répondre et qu’on ne la voyait pas directement. Machinalement, ma Grosi nettoyait la tombe de son amie. Son rapport très serein face à la mort me confortait dans ce jeu du cimetière. En l’imitant j’allais nettoyer les tombes des autres occupants. J’enlevais la poussière, je leur demandais comment ça allait, j’enlevais les fleurs fanées et je prenais des fleurs fraiches sur les tombes des gens aimés pour les distribuer à peu près équitablement à chaque mort. Si jeune, et déjà socialiste.

    Mais à l’enterrement d’Elsa je sais que je n’aurais pas eu l’idée de jouer à la répartition des fleurs, je ne l’ai plus jamais eu après ça. Elsa n’était pas le simple résident d’une tombe dont il fallait s’occuper, elle était morte pour de vrai, la télévision en parlait et on me faisait clairement comprendre que moi aussi, je pouvais mourir comme ça. Mourir tout court d’ailleurs.

    Plus tard on a identifié, suspecté, accusé et enfin condamné le « tueur de l’est parisien » pour ce crime qui n’en fut qu’un d’une série. J’étais plus grande lors du procès, je me souviens bien de l’homme au T-shirt Puma, un homme que je n’arrivais pas à considérer comme un monstre. N’y voyez pas une éloge, au contraire, ce n’est qu’un homme, un vulgaire homme qui m’a fait comprendre sans le vouloir que moi aussi j’étais mortelle.

    Alors pour compenser, je vis.

    Et vous ?

(* Le titre est une référence au livre de Macha Meryl « Un jour je suis morte » dont le contenu n’a absolument rien à voir avec ce que je raconte mais je voulais le dire quand même).

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16 juillet 2009

Des racines pour des ailes

Autant qu’avant (si ce n’est plus) je suis dans la quête de ma véritable identité. A tâtons, je cherche ce qui pourrait être réellement moi, et trouver ce pour quoi je serais faite, mon « purpose ».

Un certain vieux schnok a cru bon un jour de déclarer que pour se connaître soi-même, encore faut-il savoir d’où on vient. J’ai souvent trouvé cette déclaration d’une profonde débilité. Si je vais, si j’ai la volonté d’aller, mes choix ne seront pas dictés par mes racines intellectuelles ou territoriales. Non, je me demanderais tout simplement ce que Jane Fonda ferait à ma place.

Cette question je ne me la suis donc jamais posée jusqu’à un jour du mois de mars dernier où en voiture ma mère, grande nomade, habitante de la terre avant tout, se tourne vers moi et me demande « Mais au fait, elles sont où tes racines ? ». Etonnée que ma génitrice pose cette question, puisque m’ayant donné naissance et élevée elle devrait en connaître un rayon sur ma personne ; étonnée aussi de ne m’être jamais posé cette question. Je lui répondis que je n’étais pas une salade et que les racines, c’était pas très bon de toutes façons.

Puis est-ce que je lui demande, moi, « si Titus est jaloux, Titus est amoureux » ? (Et là, seul Vincent risque d’avoir capté le semblant de blague).

Je n’ai pas pu empêcher cette question de me trotter en tête pendant des jours. D’où viens-je réellement ? J’ai cette chance de réussir à me sentir chez moi partout (sauf à New York, mais je suis persuadée que personne n’est réellement chez soi à New York) et, par conséquent, ne me sens vilaine petite canne nulle part.

Il doit bien y avoir un endroit, qui plus que les autres me retient, dans lequel j’ai cette chaleur intérieure quand j’y reviens… Mais où dois-je puiser ? Dans mes origines ?


En ce cas le panel est clair : j’ai trois solutions. Parce que je pense qu’il n’est pas assez de démonstrations illustrées par un graphique, je m’exécute en bonne jeune pas cadre et encore moins dynamique et vous présente un magnifique camembert ci-dessous. (voir infra, dirais-je même).

graph

[Imaginez-moi taper avec une baguette sur le graphique, comme un professeur d’université sur une courbe qui n’aurait aucun sens.]

Comme vous le voyez, je suis à moitié suisse. Personne n’est parfait (ou bien) mais j’aime bien arborer mon petit passeport rouge très design là où la France nous fourni des papiers marrons. Ma famille est originaire du canton de Zürich et une bonne partie y habite d’ailleurs. En Suisse les origines semblent avoir une très grande importance puisque sur les papiers d’identité il n’est pas écrit le lieu de naissance mais le lieu d’origine, qui dans mon cas est le patelin au doux nom de Bubikon dans lequel je n’ai jamais mis les pieds. Mon père non plus. Ma grand-mère non plus. Je ne sais pas d’où je puise cette origine, donc.
Je suis assez loin d’être une suissesse exemplaire. Je ne parle ni ne comprends le suisse allemand, j’ai refusé d’y voter,  je n’ai jamais vécu en Suisse même si j’y vais environ une fois par an et je me suis toujours sentie étrangère dans les réunions de famille, la barrière de la langue jouant beaucoup. L’allemand est pourtant la langue maternelle de mon père mais il a refusé de me l’apprendre, comme s’il avait voulu couper la racine.

Mais le jour où ma mère me posait cette question nous étions dans une voiture en direction de la Suisse et j’imagine très bien que sa question était « Tes racines sont-elles en Suisse ? ». Spontanément j’aurais répondu non. Non, jusqu’au moment où nous sommes arrivés à Zürich. Je n’y étais pas allée depuis un certain nombre d’années et si je me souvenais bien des bâtiments j’ai été choquée par la population. En marchant dans la rue, en mangeant au restaurant je ne pouvais m’empêcher de dévisager les gens que je croisais. Tous avaient la même tête que moi. La même structure de visage, le même front large, la même mâchoire, les mêmes yeux bleus, les mêmes cheveux crépus. Certains étaient bruns, d’autres avaient des gros nez ou un double menton mais en chacun je me reconnaissais comme dans un miroir. Je ne peux le nier : la Suisse est génétiquement ma maison.

Et puis, même sans y avoir vécu, la Suisse a une couleur d’enfance, par les séjours que j’ai pu y faire, la nourriture que j’ai mangée (je ne me lasserai jamais du birsher, des spatzlis et du rivella) et par les histoires que m’ont raconté mes grands-parents. Quand j’y vais, je sais que je vais bien me sentir. Est-ce ça, avoir des racines ?


En ce qui concerne mon côté russe il n’est pas relié à grande chose, une grand-mère volage a fricoté avec le docteur Gavrilov et paf, ça a fait des bébés à têtes de russes. Ma mère s’est sentie proche de ce côté russe, elle en a appris la langue, l’a assez maîtrisée pour être interprète aux JO et aime Saint Petersbourg. De mon côté je n’ai jamais mis les pieds dans ce pays et même si j’en ai très envie ce serait plus pour faire un voyage que pour retrouver des racines. Ce côté de ma personne ne se manifeste que dans ma capacité à tenir l’alcool je crois. Et il me permet aussi de cultiver un certain exotisme et de dire que moi, au moins, j’ai un papi russe.


Et tout de même, je suis française et avant tout française. J’y ai passé ma vie, suis allée à l’école de la république, je fais partie du peuple souverain, bref, je respire le cocorico. Je me suis d’ailleurs surprise à être quasi nationaliste l’année dernière en passant deux mois au Japon. Le 14 juillet je suis allée travailler en bleu-blanc-rouge et j’ai appris la marseillaise à mes copines de travail après leur avoir amené les croissants.  Bien. Mais en ce cas, pourquoi ai-je régulièrement cette honte d’être française ? Pourquoi me sens-je pas exclusivement française alors que j’y ai toujours vécu ? Peut-être parce que toute ma vie n’y est pas, et peut-être est-ce pour ça que lorsque je rentre de vacances je n’ai pas de sentiment particulier de rentrer « à la maison ». Mais tout de même, mon regard sur le monde est très français.

Si la génétique n’y répond pas restent alors les endroits où j’ai pu vivre.


Je dis souvent aux gens que je connais peu que j’ai passé une partie de mon enfance en Indonésie. Ce n’est pas un mensonge total si on met bout à bout le temps que j’y ai passé et surtout l’importance que j’y accordais étant petite. Bali était l’endroit que j’appelais « maison ». Quand j’y retourne, rien que l’odeur d’encens qui flotte dans l’air me rappelle mes premières années. Mais je ne parle pas balinais, ma peau est blanche, mes cheveux sont blonds, je n’ai jamais été considérée autrement que comme touriste. Peut-on avoir ses racines dans un pays où on est touriste ? On peut du moins s’en fabriquer certaines.


Paris, ville lumière, ville de l’amour et autres conneries qui s’en suivent. Paris est avant tout la ville où je vis depuis ma naissance à Boulogne (née à l’entrée du bois, j’attends vos railleries), toujours dans le même appartement, dans le même quartier. Si en 21 ans de sédentarisation la plante n’a pas pris racine c’est qu’on ne peut plus rien pour elle. Certes, je connais par cœur le métro (à l’exception de la ligne 7 bis que je maîtrise peu) et j’ai certains tics parisiens (un accent bourgeois latent, une angoisse quand on dépasse le périph’) mais ma ville n’est pas chez moi, c’est un décors tout au plus. Je pense sincèrement que je me trouverai parisienne pure souche quand je n’y habiterai plus. Pour l’heure je lui trouve beaucoup de défauts : socialement désastreuse, belle mais pas assez moderne pour être fun comme Tokyo ni assez vieille pour être magique comme Prague… Mais sans doute est-il normal de trouver à redire sur ses racines…

La question n’est pas tranchée. Si je suis une plante, j’en suis une qui fait le grand écart entre plusieurs pots et puise mes forces en de multiples endroits. Je viens de partout et je ne vais nulle part. Ou l’inverse.

Une chose est sûre : je serai difficilement plus complète étrangère qu’au Japon, peut-être est-ce aussi pour cela que je veux y habiter, je veux me perdre.

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(Grand) retour

Ça fait presque un an que j'ai arrêté. En un an j'ai grandit, j'ai fait des conneries, j'ai pris des décisions, j'ai raté un concours, j'ai eu une licence, j'ai découvert de nouvelles contrées… Mais le besoin d'écrire n'était plus assez important pour m'y remettre.

Ces derniers jours l'envie de reprendre mon blog s'est faite plus pressante. Apparement je ne suis pas la seule, nous avons donc décidé de procéder à un retour coordonné avec Thomas et Claire. Les suites sont souvent décevantes, je n'espère pas décevoir et retrouver un lectorat plus ou moins attentif.

Après une année de silence croyez-moi que j'en ai des choses à dire.
(et oui, j'imite la chamelle)

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29 juillet 2008

Si jeune et déjà poney

Cher tous, je ne suis pas morte je suis au Japon (comme vous le savez) et j'ai ouvert un blog pour l'occasion (que j'essaie de mettre à jour):

Natsumikan

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01 juillet 2008

I got it, I got it!

    Dis Alain, je voulais te raconter une anecdote… Non vraiment, la scène mérite d'être revue.

    Vendredi dernier nous sommes partis Kiniou, Sylvain, Claire, Manu et moi dans le sud pour marier tati Sophie et All that Mazz, le voyage était long mais long. Et moi, dans mon coin de voiture je stressais bêtement (parce que souvent quand on stresse c'est bêtement) parce que je savais qu'à 16h pétantes les résultats des examens seraient affichés et l'idée de passer les rattrapages de septembre me faisaient très très très chier. En plus quelques nuit plus tôt j'avais rêvé que je regardais mes résultats sur l'iphone de Sylvain et que j'avais une demi douzaine de matières à repasser.

    Il est 16h30 bien tassé. J'essaie de joindre Alexandre qui était sensé regarder les dits résultats par pure superstition: c'est lui qui m'a annoncé ma réussite de l'année dernière dans le hall de l'hôtel curry londonien. En plus j'étais à une Claire près entourée des mêmes gens. Oui mais il ne répond pas le bougre et mon stress monte d'un coup, je veux passer, comme si tous les efforts que je n'ai pas fournis pendant un an étaient prêts à sortir là d'un coup. Ni une ni deux, Sylvain dégaine l'Iphone. Encore une fois par pure superstition j'ai peur qu'en utilisant ce procédé la prophétie ne se réalise. Mais tant pis je veux trop savoir. Pof, arrivée sur le nouveau site trop moche de la fac et je donne mes codes d'accès au blond. D'un coup il cache l'écran et je me demande comment interpréter le geste. En fait il n'a pas compris ce qu'il a lu et veut être sûr. "Ya écrit quoi normalement?
- Ben ajournée ou admise.
- …
- Enfin si c'est "passable" ce serait déjà très bien.
- TADAAAAAAAAAA!
*cris dans la voiture*

Voilà comment je l'ai appris: J'ai mon année!

    J'oscille entre déception (9 en strat? Beurk…4 en droit européen? Ahaha) et bonnes surprises (14 en procédure pénale \o/ 7 en finances publiques) mais dans le fond ne pas refaire cette année pourrite que de très nombreux étudiants se tapent 2 fois (notre président le premier).

    Bon maintenant reste à parler de l'année prochaine: des vraies sciences politiques avec des vrais scouts dedans. Pour le plaisir, les matières:

  • Analyse des comportements politiques (avec mon prof de 1ere année (l))
  • Droit institutionnel communautaire
  • Droit international public (avec ma prof de 1ere année >_<)
  • Droit des libertés fondamentales
  • Histoire des idées politiques depuis le XVIIIe siècle
  • Institutions administratives locales
  • Institutions politiques françaises
  • Méthode de la SP
  • RI
  • Vie politique française
  • Théorie
  • Histoire des idées politiques (tout court?)

Bref à part deux ou trois je bave.

Niveau japonais j'ai également eu mon année (trop dur me direz-vous) et je ne sais que faire: continuer? Rien? Autre chose? Plus de chant?

Enfin quoiqu'il en soit happy like the hippo.

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26 juin 2008

Viens là que j'te montre ma cicatrice

[pour les rares qui l'ont déjà lu: je sais je recycle, mais. Puis ça garde une trace]

J'aime bien les histoires de bobo parce qu'elles sont souvent improbables et se finissent toujours mal, même si maintenant que ce n'est qu'une cicatrice on en rigole.

Demandez voir aux gens comment ils se sont fait telle ou telle cicatrice et vous aurez toujours toute une histoire qui l'accompagnera. Le menton que mon papa s'est ouvert en voulant attraper des cerises un peu trop hautes sur l'arbre, la cicatrice en forme de C sur le front de mon amie Machine qui a trébuché en allant ouvrir la porte et a brisé sa table basse en verre, le trait qui relie la bouche au nez de mon frère parce qu'il a essayé de se raser trop tôt (certains parlent de bec-de-lièvre mais c'est d'un commun…) puis sa toute petite cicatrice de l'appendicite qui fait des points sur son ventre quand il bronze.

Moi j'en ai assez peu. J'ai une marque dans le dos qu'on appelle "le fer à repasser", c'est vrai qu'on dirait un peu une brûlure, qui date de ce jour atroce où un vilain dermatologue décida que ce grain de beauté là était peut-être cancérigène et que dans le doute il fallait le retirer. J'ai même eu droit à mon grain de beauté dans un flacon après (on dirait une tête de Snorky c'est drôle) mais je me suis sentie moins en beauté d'un coup. Comme si on m'avait enlevé un petit bout de moi alors que je l'aimais bien. J'ai aussi un grain de beauté qui a changé de couleur le jour où la ceinture de sécurité l'a compressé parce que maman rentrait dans un camion. Dans la même lignée j'ai une cicatrice encore douloureuse sur un endroit peu commun. Du moins pour une griffure avec un ongle de pied (mais non, pas là, enfin).

Ah oui puis j'ai des traits aussi. J'en ai un horizontal sur le bras droit. Ça n'était pas volontaire, hein. J'avais dans les huit ans, je tenais la laisse de mon chien en rentrant de l'école. Mais quand maman m'a proposé un pain au chocolat je n'ai su quoi faire (parce qu'un pain au chocolat ça se mange avec les deux mains) donc j'ai pris le précieux pour le déguster tandis que je tenais la laisse (qui n'était en fait qu'une corde) en travers, sur le bras. Une saloperie de félon se pointe, ni une ni deux mon chien lui court après sans trop de problème puisque la laisse n'était pas vraiment tenue. C'est ainsi qu'on se fait une grosse brûlure à la corde quand on a huit ans. J'ai un autre trait plus petit sur l'index gauche qui date du CE2 quand je me suis coupée sans faire exprès avec le livre de français pendant que nous étudions les COI, bizarrement ça n'est jamais parti, les COI veulent rester en moi.

Il y a aussi cette petite pomme sur le genou qui date de la fois où, dans le bac à sable un garçon m'a poussée pour me piquer mon jouet, me propulsant le genou sur un caillou. Puis juste au dessus j'ai comme un petit grain. En fait c'est un grain. De riz. Une de mes premières fois au Rocky Horror Picture Show j'ai fait une magistrale chute, m'enfonçant je ne sais comment un grain de riz dans le genou.

Ah oui j'oubliais le bout de mollet qui me manque à droite. J'étais malade sans savoir d'où ça venait, je sortais d'une voiture pour aller chercher mes résultats d'analyses sanguines et je traversais la petite piste cyclable qui me séparait du trottoir. Une moto arrive d'un coup de nulle part et me fauche le mollet en emportant un bout (oui oui, truc qui pend, glamour et tout), c'est pas hyper visible mais quand on touche j'ai un creux.

J'ai aussi des bobos plus gros qui font qu'une vertèbre s'est déplacée quand un poney m'a marché sur le dos (cette méthode de massage ne marche définitivement pas) et un cou(p) du lapin à cause d'une bouteille de plongée trop haute et d'une vague mal placée. Mais ça, ça ne se voit pas de dehors alors ça ne compte pas.

ecorche_valverde
Et vous?

Posté par Muchette à 12:09 - Commentaires [5] - Permalien [#]



Fin »